Le défi de Tertulia de ce week-end
Toujours la même plage, la même mer, un autre été, seulement un autre été…
Ce matin je suis revenu sur cette plage, ce matin à l’aube, juste quand la lune laisse la place au soleil, juste quand le ciel prend des couleurs de feu, juste quand le ciel semble rejoindre la mer…
Juste le bruit du ressac des vagues qui se déroulent inlassablement sur le sable, je me souviens Elise tu me disais « la vie, c’est comme ces vagues, elles gonflent, grandissent, défient les lois et viennent mourir contre les rochers certaines doucement d’autres dans un grand fracas », je ne savais jamais ce que tu voulais dire quand tu me parlais comme ça…
Je me souviens de ton rire Elise, quand tu courais dans ces vagues, quand tu plongeais dans cette eau, de ton rire quand tu voyais mon visage inquiet quand tu t’éloignais trop, de ton rire quand tu venais secouer tes longs cheveux roux sur ma peau chauffée par le soleil, je me souviens Elise comme d’une vielle chanson, je me souviens comme d’un vieux qui radote sa vie des heures durant…Je me souviens, de ta peau couleur miel et de tes taches de rousseur, je me souviens aussi comme tu aimais te hisser sur ce rocher pour dominer cette mer, tu l’appelais, tu la défiais, tu aimais quand les vagues se faisaient plus forte s’écrasant contre les rochers, quand l’écume se faisait rage tu te dressais encore plus haut, tes cheveux au vent, tu riais et tu agitais tes bras comme un chef d’orchestre devant les éléments des courants tumultueux, tu aimais la mer en colère.
J’avais toujours peur que tu ne glisses et de te voir disparaître, happée par son déchaînement, je te suppliais de revenir vers moi, tu te moquais gentiment de moi « non, me disais tu, ne t’inquiètes pas, je vais revenir, laisse moi battre la mesure avec elle, on dit que l’on peut faire taire le feu mais pas l’eau, laisse moi la dompter », Elise tu étais si jeune, tu n’avais aucune conscience du danger…
Un soir alors qu’il faisait nuit tu m’as dit « je vais faire un tour sur la plage, l’air est plus frais » ; « Je t’accompagne » ; « non, j’ai envie d’être seule », je n’insistais pas tu avais l’air si triste, tu avais enfilé un chandail deux fois trop grand, l’on aurait dit une enfant perdue, « Ne t’inquiètes pas » m’as-tu dit en m’embrassant sur la joue.
Le vent s’est levé, les volets claquaient, je m’étais assoupi sur le canapé, je regardais l’heure, deux heures du matin, « Elise ! Elise ! », je montais précipitamment dans ta chambre, elle était vide, la maison était vide, le vent se mit à forcir, je décidais de partir vers la plage, le vent soufflait plus fort que je ne pensais, je fus obligé de me courber pour avancer, la pluie tombait, des éclairs zébraient le ciel.
Sur la plage je criais ton nom, je m’approchais du rocher, tu n’y étais pas, non elle ne pouvait avoir gagné, j’ai crié ton nom encore, encore, je fouillais le moindre recoin de cette plage dans l’espoir de te trouver tremblante, te serrer contre moi pour te rassurer, rien ! Au petit matin, je trouvais sur la plage ton chandail deux fois trop grand trempé, je criais à genoux, je refusais que tu ais voulu encore la défier, non Elise tu ne pouvais pas, pas toi…Après deux jours de recherche, l’on me dit « elle a disparu, nous ne pensons pas la retrouver, si elle est tombée dans la mer, un jour ou l’autre elle la rendra, la mer rend toujours ce qu’elle a prit ». Je suis rentré, épuisé, je suis monté dans ta chambre, sur ta table se trouvait le petit bracelet en argent que je t’avais offert pour tes seize ans, c’était toi qui l’avait choisi, je suis resté des longues heures assis dans ta chambre, je n’ai jamais rien touché, elle devait resté tel que tu l’avais laissé, il y avait toi encore, toi et ton odeur, toi et ton rire, sur ton peigne il y avait encore tes cheveux, chaque jour quel que soit le temps je retournais vers cet plage, j’attendais qu’elle veuille bien te rendre à moi, je montais sur le rocher et je lui criais ma haine.
Un matin d’été je reçu une lettre venant d’un autre continent :
« Pardon papa, d’être partie ainsi, je devais le faire, tu ne m’aurais jamais laissé partir, je voulais voir d’autres mers, d’autres sables, je voulais vivre, grandir loin de toi, connaître un autre amour, celui de l’amour d’une femme pour un homme. Pardon papa, tu ne voyais qu’en moi une petite fille, pardon papa de t’avoir fait souffrir, je voulais juste être grande, je vais bien, je reviendrai te voir, dis tu me redonneras le bracelet en argent ?
Je t’aime Papa
Elise »
Ce matin devant cette mer, je souris, le bracelet en argent dans mes mains, dans deux heures tu seras là, je t’offrirai bien plus qu’un bracelet, l’amour ma fille Elise, juste mon amour.