Attendre, je n’ai fait que ça pendant mon enfance. Sur la première marche de l’escalier ciré, tout près de la porte de l’atelier où la famille entière travaillait.
Attendre, je n’ai fait que ça lors de cette adolescence arrachée. A l’écart dans la cours de l’école, étoile jaune cousue sur belle veste. Caché sous escalier devenu un peu terne, que les bottes s’éloignent.
Attendre, je n’ai fait que ça pendant 2 ans là-bas. Comme si le temps aimait que j’attende, comme si la matière de ma vie n’était qu’attente. J’attends. Que l’odeur des cabinets disparaisse, que les orbites des yeux cessent de se creuser, que les cheminées arrêtent de fumer. En travaillant, j’attends, je fais abstraction tout en observant. Je n’écris pas, non, j’attends pour ça aussi.
Attendre, je n’ai fait que ça au Lutécia pendant des mois. Que certains reviennent.
Attendre, je n’ai fait que ça pendant d’autres mois. Qu’un éditeur édite.
J’ai beaucoup attendu. Fallait que ça sorte. C’est sorti. Vendu. Centaines de milliers d’exemplaires.
Ai attendu sur plateaux télé, tournages de films. N’ai fait que ça encore, c’est là que je suis le meilleur.
Attendu trains, avions, amis en retard aux rendez-vous.
Attendu famille mais pas pu. Mari ou père ne peuvent pas se permettre d’attendre, ne faire que ça.
Ai attendu quoi au juste ?
Qu’on me dise pourquoi j’attendais et pourquoi en attendant je n’avançais pas.
Longtemps cru que j’étais transparent. Et bien non, suis juste voué à l’attente. Ne faire que ça.
Attendre, je ne fais que ça depuis 20h30. J’ai tout préparé. Je vous attendais, je sais faire ça. Je suis doué pour ça.
Vous attendre, je ne fais que ça, 2 heures que ça dure. Je ne peux plus. Vous m’emmerdez. Vous ne respectez rien, pas même un petit sabbat de temps à autre. La nourriture vous attend, ça va être froid et dégueulasse.
A attendre. J’ai eu froid.
J’ai mis mon imper.
J’y vais, je me tire. Vous m’emmerdez, là.
Je saute par la fenêtre. Juste pour vérifier si par hasard, VOUS ne m’attendez pas en bas.
Aujourd’hui j’ai changé de couleur…. je veux parler de mes chers yeux, qui sont passés au rouge vif….En voulant faire une belle tarte à l’oignon, j’ai du en éplucher un certain nombre avant de pouvoir les cuisiner, mais le résultats était prévisible : mes yeux ont commencer à rougir, gonfler et surtout pleurer…..
Au moment où mes larmes s’arrêtaient de couler, un petit diablotin, un ami d’Adrien probablement, vint vers moi et me demanda si je connaissais l’histoire de l’oignon, et ce pourquoi il faisait pleurer. Je dois avouer que je ne le savais absolument pas…..Et là il me raconta son histoire.
« Quand j’étais plus jeune, je demeurais en Russie, là bas il y faisait extrêmement froid, et les conditions de vie y étaient très dures.
Une babouchka vivait sur un immense terrain, fort riche, elle exploitait les paysans qui logeaient et travaillaient sur ses terres. Ils payaient un loyer très élevé et elle ne les payait que peu pour leur travail harassant dans les champs.
Beaucoup des ouvriers tombaient malades, à cause du froid, de la faim, et bien d’autres mouraient, sans bruit.
Mais la grand-mère s’en moquait éperdument, elle était égoïste, méchante, mauvaise, avare, elle avait, outre tous ces défauts une santé à toute épreuve, et rien n’aurait rien pu laisser croire qu’elle irait aussi vite de l’autre côté….
En Russie, tous les « monstres » humains, criminels et autres avares étaient envoyés dans le lac de feu, un immense lac sans fond et sans fin duquel nul ne pouvait s’échapper.
La vieille femme fut ainsi envoyée dans le lac….On l’entendait hurler et jurer du fond de la Russie, elle hurlait des phrases incohérentes et ne cessait de parler de mendiante et d’oignon, et hurlait plus fort d’autant plus que les lames de feu lui déchiraient le corps.
Cela faisait des jours qu’elle croupissait dans l’étang, quand son ange gardien passa au dessus de l’étang…. « Que viens tu faire ici, hurla t’elle, cela fait longtemps que j’attends, petits démon ! » « Modère tes propos vieille femme, tu n’es pas la seule personne que je protège, j’étais au chevet de l’un te tes esclaves, qui se mourait de souffrances atroces, avec ta santé de fer je n’aurai pas pu prévoir, et puis, l’étang de feu, tu le mérites ! »
« Pourquoi le mériterai-je plus qu’un autre ! » hurla la vieille femme « j’ai aidé autrefois une miséreuse qui se crevait de faim, en lui offrant un énorme oignon de mon potager ! »
« Cela ne se peut ?! On n’aurait pas pu passer à côté d’une telle bonne action venant de ta part, vieille ingrate, tes bonnes actions sont si rares…. L’aurait on oublier ? »
L’ange pris son livre et regarda, « noix, nouille ; oie, oignon, oui, exact, il est vrai que tu avais donné un oignon a une pauvresse, donc cela change, attends vieille femme, je reviens…. »
La vieille continua de hurler, et les damnés qui l’entouraient lui dirent : « L’enfer est déjà bien assez dur comme ça alors pitié taisez vous ! »
Le temps s’écoulait lentement, et l’ange ne réapparaissait pas…
Des mois passèrent, et l’ange revint avec un énorme oignon entre les mains, « accroche toi vieille femme, il me fallait trouver le même oignon » la vieille femme s’accrocha fort, mais les autres condamnés voyant un moyens de s’échapper s’accrochèrent aux jupon de la femme…. « Lâchez moi »Hurla t’elle, elle bougea et gesticula tant que la tige de l’oignon finit par rompre, et elle retomba lourdement dans le brasier d’où elle ne pu jamais ressortir….
L’angelot, le bulbe entre les mains, sanglota en voyant qu’il n’avait pu sauver la paysanne…. Et depuis ce jour, les larmes de l’ange continuent de couler par nos yeux quand on épluche l’oignon, en souvenir de l’aînée….
Tic tac, tic tac...
Je ne supporte plus ce tic tac dans ce silence, ce tic-tac qui me rappelle ce temps qui passe...
la seconde appartient au passé
la minute présente l'heure au futur
Tic tac autant enlever la pile.
Arrêter le balancier, mais le temps passe… Dans cette interminable attente…
Mon dieu je suis en retard vite ! Il faut que je me prépare, ils vont arriver !
Depuis le temps que je contemple cette horloge ! Je sais que maintenant il est l’heure…
Plus l’heure des regrets… Image flouée du passé…
J’attends…
Je vous attends. Mes enfants
Vous revoir tous réunis encore une fois, la dernière ? Même si je dois perdre mon temps à vous attendre, pour ce qui me reste à vivre..... Vous serez toujours miens.
Jacques, pourquoi n’es-tu pas là ? Ne cherche pas d’excuses, tu es l’aîné, montre l’exemple. Réuni ta couvée, prends ta voiture, mets ta moitié au volant et avale ces kilomètres qui nous séparent. Reviens-moi ! Une mère peut tout comprendre, même ton choix de cette stupide créature qui est devenue ma bru. Je saurai me taire, je ne veux plus endosser le rôle de la belle-mère acariâtre, celle qui rappelle à toutes que la dinde que je viens de cuisiner sera toujours pour ton palais, mon Jacques, la plus succulente, l’incomparable. Le temps n’est plus à l’heure des rancoeurs…
Je vous attends. Mes enfants au son de ce tic-tac, au rythme de ce balancier qui brise le silence, qui égrène les heures qui me font peur…
Anaïs et Barbara, mes jumelles ! C’est mon cadeau de Noël ? Cette hideuse lampe de chevet mais dans quelle sombre brocante avez-vous dégoté cette horreur ? Elle n’a pas dû vous coûter bien cher ! Pourtant vous avez réussi, l’une avocate, l’autre médecin. À propos, Barbara, tu pourras jeter un coup d’oeil à mes jambes, elles gonflent, mauvaise circulation, je présume. Quand je pense que vous vous êtes mise à deux pour m’offrir ce nid à poussière, votre souci d’économie confine à la radinerie, mes petites !
Je vous attends mes enfants, je saurai me taire le temps n’est plus à l’heure des reproches…
Marco, mon tout gros, mon tout beau. Roule jusqu’à moi. Un rien te profite ! Le quintal dépassé depuis si longtemps. Des bourrelets de graisse à déborder de tendresse pour ta maman, la seule qui fait le poids sur la balance de ton coeur.
Je vous attends. Mes enfants. Le temps est à l’heure de l’amour…
Jérémie, à brûler ta vie. Électrique et à toute vitesse, d’un excès l’autre, tu m’oublies, ta mère. Aujourd’hui, je ne vais pas te le reprocher. Pose toi le temps d’un après-midi, autour du repas de Noël. Retrouve tes frères et soeurs. Frêle et si fragile. Je pourrais te câliner encore un peu, dis ?
Je vous attends mes enfants. Le temps peut bien s’arrêter un instant…
Diane, la séduction porte ton nom. Tes grands yeux énamourés, c’est à moi que tu les dois. Coquette, point trop n’en faut, laisse tomber ton poudrier, mets les coudes sur la table et dévore cette purée de marrons. Diane, chasse ce souci de vieillir. Regarde-moi, je te ressemble déjà, prise au filet de mes rides
Je vous attends mes enfants. Le temps laisse ses marques…
Nicolas, John et Marie, toujours en voyage je vous en voudrais si vous n’êtes pas exacts au rendez-vous. Tous ces bateaux, ces express, le TGV, un supersonique, à tourner autour de la planète, pour être en retard justement aujourd’hui, faire attendre sa mère, vous mériteriez que je disparaisse pour de bon.
Mes enfants. Je vous attends. Le temps ne va pas s’enfuir sans vous…
« TIC-TAC », bruit inéluctable de cette horloge… « TOC-TOC » l’on frappe à la porte les voici, voici mes enfants !
— « non, ne faites pas entrer mes petits-enfants, je ne les supporte pas ! »
— « eh bien, petite mère, qu’est-ce que vous faites comme ça, dans le noir ? Ce n’est pas bon pour votre moral et puis faut pas veiller aussi tard, il est plus que temps de vous coucher ! Vous avez vu l’heure !? »
— « Allez bonne nuit, petite mère, et encore joyeux Noël ! Un de plus, petite mère, un de plus... »
— « Allez Ginette, dépêche-toi il nous en reste encore une douzaine à coucher »
— « Pauvre petite mère, à chaque Noël, il lui en né des nouveaux dans sa tête, ça fait une drôle de ribambelle à présent. Si au moins elle avait réussi à en avoir un, un vrai, ce serait moins triste mais elle est restée aussi stérile que son imagination est fertile. À croire qu’avoir des enfants c’est pas donné à tout le monde.
Trop tard, le temps perdu reste éperdu dans mes regrets...
Regarder cette horloge vous donne l'heure exacte !
IL y a six ans, j'avais une panne dans le désert du Sahara. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur. et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir , tout seul, une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toutes les terres habitées. J'étais plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait:
- S'il te plaît... dessine-moi un mouton!
J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien frotté les yeux. J'ai bien regardé. Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement.
Julie soupira, referma le livre, non pas aujourd’hui, elle avait lu « Le Petit Prince » pour la 4ème fois, « dessine moi un mouton », cette phrase tournait et virait dans sa tête comme une douce valse, elle se tourna vers Jeanne. Elle était devant son chevalet, une toile blanche posée dessus, les rayons du soleil pénétrait dans la pièce à travers la grande baie vitré.
- Jeanne dessine moi le bonheur.
Jeanne se tourna vers Julie, elle contempla la jeune fille, au teint pâle presque translucide, son regard fatigué, calé entre les coussins pour soulager ses douleurs. Jeanne vient s’asseoir face à Julie, lui sourit, elle contempla le livre posait sur sa poitrine, Jeanne se dit « Oh Monsieur Saint-Exupéry, si vous pouviez venir faire rêver Julie, juste le temps d’un rêve, Julie si fragile, si jeune ». Jeanne, avait la quarantaine il dégagé d’elle une force tranquille, rassurante, ses traits étaient fins, lisses comme si le temps n’avait aucune prise sur elle, Jeanne, l’amie, la confidente, la tendresse, la patience, Jeanne l’infirmière et « à ses heures perdues » la magicienne des couleurs…
- Le bonheur Julie ?
- Le bonheur c’est quoi pour toi Jeanne ? Dessine moi ton bonheur
Jeanne ferma les yeux, son bonheur à elle, elle avait appris avec le temps qu’il n’était fait que de tout petit rien, qu’il fallait l’apprivoiser, le bonheur était dans l’instant présent seulement dans l’instant présent, elle rouvrit les yeux, regarda Julie.
- Je vais te dessiner le bonheur, ferme les yeux et écoute, écoute juste et tu verras le bonheur se dessinait.
Une musique de Norah Jones s’éleva dans la pièce, Julie se laissa transporter par la mélodie et vit les couleurs du bonheur ...
Pour voir les couleurs du bonheur de Jeanne cliquez
Julie s'endormie, elle ne sentait plus ce corps si douloureux, elle se sentait légère, heureuse, et dans un souffle elle dit :
- Au-revoir Jeanne, il est beau votre bonheur, merci, je vous attendrais...
"La vie n'est qu'un immense rire de sagesse. il ressemble parfois aux cris, aux pleurs, parfois aux larmes ou à la douleur, mais ne t'y trompe pas, toi qui es sage, la vie n'est qu'un long rire, le reste n'est qu'apparence et tromperie"
Charif Barzouk
Ils étaient allongés l’un contre l’autre dans la douceur de la nuit, elle avait posé sa tête au creux de son épaule, elle aimait sentir sa respiration, il aimait l’odeur de miel de ses cheveux.
Elle se serra plus fort contre lui, il l’enlaça son corps plus fort.
Ils regardaient le ciel illuminé par des milliers d’étoiles, « voûte céleste » avaient-ils lus dans un livre…
Elle : Tu penses que les étoiles ne sont que de simples planètes ?
Lui : Non ce sont des milliers de lumières, regarde la plus grosse, la tu la vois ?
Elle : Oui l’étoile du berger, celle qui nous guide, elle brille plus que les autres pour nous montrer le chemin.
Lui : tu vois elles sont des lumières qui nous éclaire, elles nous montre les obstacles, nous aide à les contourner, quand nous sommes dans la nuit ce sont nos guides
Elle : Comme des anges ?
Il sourit, il aimait sa voix enfantine qu’elle prenait quand elle s’émerveillait devant tout ce que la nature lui offrait, elle avait gardé un regard d’enfant, et des milliers d’étoiles brillaient dans ses yeux et ses étoiles le guidait dans son amour pour elle.
Elle : Tu connais l’ange du silence ?
Lui : non.
Elle : quand le bébé vient au monde il connaît tout.
Lui : tout ?
Elle : oui tout, d’où l’on vient, ou l’on va, tout sur les étoiles, tout sur l’univers, il sait pourquoi le monde est monde.
Lui :…
Elle : Alors au moment ou il va tout révéler, un ange apparaît et il lui pose un doigt sur le bouche.
Lui : alors quand nous sommes nés nous aussi nous savions…
Elle se redressa, posa sa tête sur sa main le coude posé au sol, elle le regarda, elle l’aimait tellement, si fort.
Elle : Oui, et elle lui posa le doigt sur sa bouche, tu vois la marque entre ton nez et tes lèvres ?
C’est la marque de l’ange du silence.
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