Un Homme qui s’aimait sans avoir de rivaux
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :
Il accusait toujours les miroirs d’être faux,
Vivant plus que content dans son erreur profonde.
Afin de le guérir, le Sort officieux
Présentait partout à ses yeux
Les conseillers muets dont se servent nos Dames ;
Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands,
Miroirs aux poches des Galands,
Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse ?
Il se va confiner
Aux lieux les plus cachés qu’il peut s’imaginer,
N’osant plus des miroirs éprouver l’aventure.
Mais un canal, formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés :
Il s’y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu’il peut pour éviter cette eau.
Mais quoi, le canal est si beau
Qu’il ne le quitte qu’avec peine.
On voit bien où je veux venir :
Je parle à tous ; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.
Notre âme c’est cet Homme amoureux de lui-même ;
Tant de miroirs, ce sont les sottises d’autrui,
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ;
Et quant au canal, c’est celui
Que chacun sait, le livre des Maximes.
Jean de la Fontaine
J'ai vu la danseuse de voyage
Crucifier un Flamenco
Et la croix de ses bras
Embraser l'invisible
Et ses rêves d'histoires
En drapé d'espoirs
S'étendre à mes pieds
Je l'ai vu son corps
Assoiffé d'inconnu
Brûler les savoirs
Et son torse nu
Armé de son âme
M'entraîner, impie,
Dans ses affres d'effroi
Je l'ai vu son regard
Diamant jusqu'au noir
Briser les miroirs
Et ses larmes acérées
De rire ou de mort
Arracher mes iris d'un regard putréfié
Je l'ai vu déchirer les bibles
Bâillonner ses mots
Qui parlaient de l'après
Puis frapper de ses pas
L'ombre enchaînée
Qui rampait en esclave
Ne laissant au silence
Que l'unique résonance
D'encores étouffés
Ne laissant au silence
Que l'unique résonance
D'une écume enclavée.
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles, Sans mentir toi-même d’un mot ; Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître, Penser, sans n’être qu’un penseur ; Si tu peux être dur sans jamais être en rage, Si tu peux être brave et jamais imprudent, Si tu peux être bon, si tu sais être sage, Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront ; Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard KIPLING
Mon bel Ami,
Je me suis réveillée vous cherchant près de moi, la place vide me rappela bien vite votre absence.
Jour après jour cet éloignement est une torture pour mon âme, je lis et relis votre dernière missive, m’accrochant à ces doux mots comme « mon ange » ; « ma douce » ; à votre manque de moi.
Veuillez me pardonner mon bel ami de laisser s’accroître cette douleur et de ne pas être plus forte face à cet absence.
Le soir tombe et je m’en vais dire au vent ces doux mots murmurés, dire aux étoiles d’envoyer vers vous les baisers les plus tendres, dire à la lune de briller sur votre chemin pour qu’il vous ramène vers moi.
Et si je ferme les yeux je vois votre sourire, vos yeux aimants, je peux sentir vos bras m’enlacer. Oh mon bel ami, combien de temps encore dois-je souffrir du manque de votre présence ?
A la fin de ce jour épuisé par mes larmes, je m’endors laissant mon âme s’élancer vers vous et me permettre le temps d’un songe d’être de nouveau à vous.
Vous voici mon bel ami…vous dire enfin mon bel ami « je vous aime », je me laisse bercer par la douceur de votre étreinte, et je souffle au vent tous ces mots murmurés à l’amour.
On s’est vu, on s’est reconnu
On s’est aimé, on s’est touché, on s’est embrassé, on s’est construit des souvenirs, fait de rires et de larmes, on s’est fait des serments en se jurant pour le meilleur et pour le pire.
On s’est vu, on s’est reconnu, je t’ai perdu de vue
Je t’ai perdu dans le brouillard de ma mémoire…
Tu t’es rapproché tu as voulu me réchauffer, il y avait ce sourire si curieux, cette voix si douce, cette main si tendre, il y a ces larmes dans ton regard, ta voix qui tremble.
Tu m’as vu, tu m’as reconnu, je t’ai perdu de vue dans le brouillard de ma mémoire.
J’ai répondu « oui » à chacune de tes questions pour que tu ne pleures plus, mais j’ai oublié tes questions, tu m’as parlé d’un serment et tu m’as fait une promesse, j’ai oublié.
Je t’ai vu, je ne t’ai pas reconnu, je t’ai vu partir le dos courbé par le chagrin, et ce dos est revenu dans le brouillard de ma mémoire tu t’ai retourné vers moi, ce sourire si curieux oui, cette main oui, cette voix oui, je sais que je t’ai connu au fond de ma mémoire, mais je ne sais plus quand, je t’ai perdu de vue dans le brouillard de ma mémoire…
Mais pourtant je me souviens d’un jeune homme près de moi qui m’a fait un serment celui de m’aimer toujours dans la joie comme dans la maladie. Tiens qu’est-ce qu’il est devenu ce jeune homme ?
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