Je m’étire, je sens une caresse, un frôlement sur ma peau c’est doux, c’est chaud. Une lueur traverse mes paupières closes, je ne veux pas les ouvrir, pas encore, Ils ne sont plus habitués à la lumière. Depuis combien de temps suis-je dans ce cocon que j’ai tissé moi-même ?
Trop de temps certainement, enveloppé ainsi je ne pouvais ressentir ni le froid, ni le chaud, je ne sentais plus les mains qui me touchaient, je ne pouvais voir ni le jour ni la nuit, ni larmes ni rires…
Je me suis protégée des intempéries et là je m’éveille doucement tout doucement, mes membres sont engourdis par ce si long sommeil, mes gestes sont maladroit pour m’extraire de ce voile, une main saisie la mienne, elle est douce et pourtant je frissonne, je ne peux lutter, je ne peux retirer ma main. Un chuchotement au creux de mon oreille, un souffle, un apaisement, une voix qui me rassure. Les mains caressent doucement mes paupières comme pour les aider à ôter ces perles de cristal qui se sont cristallisées pour enfermer toute douleur. De nouveau je sens cette sensation oubliée d’une légère brise sur ma peau nue, je la trouve agréable, je souris, dans mon monde en noir et blanc j’ai oublié tout sens…
Les mains m’aident à me lever, moi fœtus depuis tant d’années je suis debout, j’ouvre les yeux, ils me font mal, tout est blanc comme un éblouissement je les referme, j’ai peur, la voix me chuchote « doucement, ouvre les doucement, ils vont s’habituer peu à peu à la lumière », alors tout lentement je les ouvre et je distingue une couleur, quelle couleur est-ce ? J’ai même oublié le nom des couleurs, alors je vois une main qui ramasse cette couleur et qui l’approche de mon visage « c’est vert, la couleur c’est vert… »Il chuchote toujours, je suis étonnée, il a entendu ma pensée. Où suis-je ? Qui est-ce ? Un ange ? Un ange qui m’a tiré de ce si long sommeil il va m’emporter et je n’aurais plus jamais mal, je ne serais plus obligée de me protéger de ces mains qui se sont emparés de moi pour jouer à la marionnette.
Je vois le bout de mes orteils, je les remues, une fleur en corolle, des pétales blanches me chatouille mes pieds, de nouveau la main prend la fleur et il la voix me chuchote « la couleur est blanche et son cœur est jaune, c’est une marguerite ». Cœur, Il a dit Cœur ? Le mien bat toujours « alors je ne suis pas au paradis ? » Je murmure. « Si tu lèves la tête tu verras au dessus de toi le ciel il est bleu, si tu tournes la tête vers la droite tu verras des arbres, si tu tournes la tête vers la gauche tu verras un ruisseau sa couleur est transparente, tu entendras sa musique, tu y verras les poissons nager et si tu la touches, tu sentiras sa fraîcheur, et si tu regardes devant toi…tu me verras.»
J’ai vu le ciel et sa couleur, j’ai vu les arbres et leurs formes toutes différentes, j’ai vu le ruisseau et j’ai écouté son chant, j’ai touché sa couleur transparente, ma main s’est laissée aller à sa fraîcheur, balancée par le courant. Et puis…et puis je me suis décidée à le regarder lui « Qui êtes vous ? », son regard était tendre, étrangement je n’avais pas peur…
« Personne je ne suis personne ». « Mais vous m’avez aidé à sortir de ce cocon que j’avais mis tellement de temps à tisser pourquoi ? ». « Je viens de sortir du mien, comme toi j’ai appris à reconnaître les couleurs, à sentir la chaleur du soleil sur ma peau, le vent comme une caresse, le chant d’un ruisseau, regarder bouger et de nouveau apprendre comme un enfant qui découvre à la naissance le monde ».
Je souris, je venais de naître à nouveau mais dans un autre monde…
La robe de dentelle est restée à terre au milieu des marguerites…